Cal Newport – Deep Work – concentration maximale !

Deep Work, de Cal Newport, est un ouvrage majeur pour tous ceux qui s’intéressent à l’amélioration de leur concentration et de la qualité de leur production intellectuelle. Je profite de la publication de la traduction française (22 septembre 2017) pour partager ma note de lecture.

 

Deep Work - Cal Newport

Ce que vous apprendrez dans cet article (TLDR – too long didn’t read)

Cal Newport est un professeur d’informatique américain, mobilisé par la question d’optimiser la qualité des travaux intellectuels.

Il décrit le Deep work comme une capacité à travailler de façon concentrée sur des problèmes complexes pendant de longues périodes de temps, sans aucune distraction. Dans un univers hyper-connecté, c’est une compétence nécessaire pour rester compétitif, pourtant en voie d’extinction.

L’ouvrage comporte deux parties : l’une consacrée à la nécessité et aux bienfaits du Deep work, le « super-pouvoir du 21ème siècle », l’autre à comment le mettre en oeuvre. Il prône, logiquement, la mise à l’écart de toute source de distraction superficielle et donc des réseaux sociaux.

En toute fin de billet, je précise l’usage que j’en fais : une approche que Cal Newport qualifierait de pragmatique. Le Deep work, c’est un peu une version perfectionnée de la technique du pomodoro.

 

Cal Newport en 2 mots

Cal Newport est professeur d’informatique à l’Université de Georgetown, avec une thèse soutenue au MIT. En plus de son activité d’universitaire, il anime un blog à son nom. Il est également l’auteur de différents livres sur des sujets connexes à Deep work : So good they can’t ignore you, How to be a A student.

 

Cal Newport

Cal Newport

Si on perçoit clairement l’approche universitaire, notamment dans la volonté de citer ses sources, il ne s’agit pas de son corps d’expertise académique. Sa formation théorique porte sur l’informatique, l’ouvrage porte surtout sur des méthodes de travail, souvent sous un angle psychologique. Il s’agit davantage d’une enquête faite par un scientifique sur ce sujet. Pour rédiger Deep work, il s’appuie sur des interviews qu’il a lui-même réalisés, des articles de presse et scientifiques, ainsi que quelques études de cabinet de conseil.

Le livre se découpe en en deux parties : la démonstration des bénéfices du Deep work et comment s’y prendre pour mettre en œuvre une telle pratique. L’ouvrage est à la croisée de la critique d’une certaine partie de notre civilisation et de conseils concrets pour reprendre la main sur notre concentration.

 

Les concepts clés

Qu’est-ce que le Deep work ?

Le Deep work est une capacité à rester concentré sur une tâche demandant de la réflexion sans se laisser distraire. Cal Newport le présente comme une compétence qui vous permet d’accomplir des travaux intellectuels compliqués plus rapidement. (« Professional activities performed in a state of distraction-free concentration that push your cognitive capabilities to their limit. These efforts create new value, improve your skill, and are hard to replicate. »)

Le deep work, c’est le travail qui a du sens, de la valeur, celui pour lequel vous êtes payé. Or vous n’êtes pas payé pour écrire des e.mails, tchater ou faire des réunions. Vous êtes payé pour votre réflexion, votre capacité à résoudre des problèmes complexes ou pour exceller dans ce que vous faites. Plus largement, le deep work est à mettre au service de votre « mission de vie » (Cal Newport s’adresse également aux étudiants qui doivent également finaliser leur apprentissage).

En plus, le Deep work renforce le sentiment d’accomplissement personnel, comme ça serait le cas dans certaines formes d’artisanat ou d’orfèvrerie.

 

Pourquoi le Deep work est primordial dans un monde hyper-connecté ?

Happées par les e.mails, les notifications et les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont perdu cette capacité à travailler de façon hyper-concentré, ignorant même qu’une autre voie est possible. L’organisation même du travail rend la plupart des activités professionnelles superficielles (réunions mal préparées, messagerie instantanée d’entreprise, open space), au détriment du travail de réflexion profond. Les adolescents ne sont pas les seuls à souffrir de troubles de l’attention.

Cal Newport nous encourage donc à développer cette compétence, qu’il considère comme clé pour notre réussite professionnelle.

La valeur du Deep work est double : cela a trait à l’apprentissage mais aussi à l’omniprésence d’internet. Les savoirs évoluent vite, notamment dans la sphère technologique ou scientifique. Les langages de programmation appris dans les année 90 sont probablement déjà obsolètes. Si un informaticien veut rester compétitif, il doit apprendre régulièrement de nouveaux langages. Le Deep work l’aidera à maintenir et développer ses compétences.

Par ailleurs, grâce à internet, si vous êtes capable de créer un contenu utile, l’audience accessible est quasiment illimitée. Mais si ce que vous produisez est médiocre, il sera quasiment impossible de percer. Pour Cal Newport, plus le niveau de qualification est élevé, plus cette capacité à travailler avec ce haut niveau de concentration est cruciale. Il cite ensuite Eric Barker qui fait du Deep work « le superpouvoir du 21ème siècle ». Remarque personnelle : ce qui est drôle, c’est que dans cette référence, Eric Barker attribue l’expression à Cal Newport – ce qui constituerait une sorte de référence circulaire.

En 2012, une étude de McKinsey montre que les « travailleurs du savoir » passent plus de 60% de leur semaine de travail dans des communications électroniques ou sur internet (la moitié de ce temps est consacré aux e.mails). Cette denrée étant de plus en plus rare, elle en devient encore plus précieuse pour les travailleurs « du savoir »

« Dans cette nouvelle économie, trois groupes vont avoir un avantage particulier : ceux qui peuvent bien travailler et de façon créative avec les machines intelligentes, ceux qui sont les meilleurs dans ce qu’ils font, et ceux qui ont accès au capital. » (p27) (la traduction est de moi : « In this new economy, three groups will have a particular advantage : those who can work well and creatively with intelligent machines, those who are the best at what they do, and those with access to capital. »

Il enchaîne en précisant que pour tirer son épingle du jeu dans cette nouvelle économie, il faut avoir la capacité à maîtriser rapidement des choses difficiles et la capacité à produire un niveau d’excellence extrême (« elite level ») que ce soit en termes de vitesse ou de qualité.

 

Le deep work, pourquoi ça marche ?

« Pour produire à votre meilleur niveau, vous devez travailler pendant de longues périodes sur une seule tâche avec une concentration totale sans aucune distraction. » Bon, au niveau du style, on renforce doublement l’idée de « concentration complète » et « absence de distraction ». A mes yeux, les deux vont de pair – sauf quand je suis totalement concentré sur mon divertissement.

Afin de compléter les bienfaits de la concentration intense, qui produit en elle-même des résultats de meilleures qualités, il faut comprendre la nocivité du multi-tasking (l’attitude qui consiste à faire plusieurs choses en même temps). En agissant de la sorte, notre attention n’est pas complètement centrée sur le sujet important. ELLE reste préoccupée par ce que ce nous venons de voir. Cal Newport s’appuie notamment sur une étude de Sophie Leroy (chercheuse en psychologie à l’université de Washighton) – « why is so hard to do my work ? » (pourquoi est-ce si dur de faire mon travail ?). L’auteur y développe le concept « d’attention résiduelle » : lorsque vous vous interrompez, même un instant, pour consulter vos mails ou un fil d’actualité, une part de votre attention reste captée par votre dernière activité. Remarque personnelle : il est possible que cette approche parle davantage à l’auteur, lui-même informaticien. Certains programmes se ferment mal et génère des « fuites de mémoire » qui finissent par saturer la mémoire vive de votre ordinateur.

 

Traitement des objections – et Jack Dorsey ?

On comprend rapidement que la méthode prônée par Cal Newport nous encourage à n’ouvrir que les applications dont on a strictement besoin pour réaliser son travail. On est alors tenté de chercher des contre-exemples de réussite sans Deep work. Jack Dorsey, le président fondateur de Twitter, co-fondateur de Square, en fait partie. Dans ses interviews, il explique qu’il reste debout, sur un bureau surélevé, dans un open space pour faciliter les échanges et les contacts.

Jack Dorsey – Copyright Rex Shutterstock

 

Cal Newport traite le point assez facilement, en précisant que c’est un cadre dirigeant (« high executive ») – et que la valeur qu’il apporte est dans la prise de décision et la vitesse d’arbitrage. Qu’avant d’arriver à ce niveau de responsabilité, il a dû travailler durement et que maintenant, sa position dans l’entreprise lui permet de mobiliser une équipe de personnes qui produisent en mode « deep work ».

 

Comment passer en mode Deep Work ?

En préalable du deep work : se fixer des objectifs

Afin d’ éviter la perte d’énergie et de concentration, il faut identifier ses objectifs professionnels et personnels ainsi que les quelques activités qui en permettent la réalisation.

Pour un écrivain, c’est plutôt de rédiger un ouvrage majeur. A cette fin, il y a un travail de recherche et un travail d’écriture. Si l’impact des réseaux sociaux n’est pas majeur sur ces objectifs principaux, c’est que l’activité doit être supprimée.

D’une façon générale, il faut réduire les tâches superficielles à leur plus simple expression, parce que, même si on n’y consacre que quelques minutes, elles consomment une énergie et un temps précieux.

Ceci passe par l’organisation d’un emploi du temps strict (par blocs de 30 minutes). L’objectif n’est pas forcément de vivre son emploi du temps à la lettre, mais de préparer ses activités pour optimiser le temps dont on dispose. Précision : Cal Newport considère que les plages de Deep wordk doivent au moins faire 90 minutes. L’organisation d’un emploi du temps par bloc de 30 minutes permet de garder le contrôle des autres activités. Le Deep work n’est pas la modalité unique de travail.

Cal Newport nous précise qu’il arrête de travailler à 17h30. Pour ce faire, il fait un tri important dans toutes les activités superficielles : il est absent des réseaux sociaux, il a une politique d’e.mail assez stricte. Son traitement des e.mails nécessiterait un article à part entière (j’en adapte l’essentiel dans la formation que je prépare à ce sujet).

 

Le deep work, étape par étape

Une fois au clair sur vos objectifs moyen terme, et que vous avez posé les grands jalons de votre emploi du temps, il faut bloquer des créneaux sans aucune distraction. Cal Newport propose 90 minutes au minimum.

Dans ces créneaux, il ne faut tolérer aucune interruption ou distraction. Il est donc nécessaire de fermer toutes les applications inutiles pour la tâche immédiate et éliminer toutes les sources de distractions (téléphone, interactions avec votre entourage…).

Cal Newport nous encourage à mettre en place un rituel pour lancer une séquence de Deep work : organiser son bureau, se faire une boisson chaude…

Une fois que vous vous êtes représenté le travail à réaliser, vous estimez le temps qu’il faut y consacrer et appliquez lui la règle des 20%. Vous aviez prévu 3 heures ? faîtes-le en 2h24 !

Il faut accompagner cette démarche de deux compléments : la méditation productive et accepter l’ennui.

La méditation productive (« productive meditation ») est une façon d’entraîner son cerveau à ne réfléchir qu’à une seule chose à la fois – même sur nos temps de pause. Quant à l’ennui, si on n’accepte pas de s’ennuyer, on recherche des stimulations immédiates. Et c’est là qu’on sort son téléphone pour vérifier ses e.mails, le flux d’un réseau social ou à Candy Crush.

« Your brain loses its tolerance for boredom and lack of stimuli which means when it comes time to do deep work it’s going to have a hard time staying focused. » (« Votre cerveau perd sa tolérance à l’ennui et au manque de stimuli – ce qui signifie que, quand vient le moment du deep work, vous avez des difficultés à rester concentré »).

Cal Newport détaille également la méthode 4DX, pour illustrer l’implémentation du Deep work. Il n’en est pas l’auteur et cela nécessiterait un article à part. Comme ce point ne lui est pas spécifique, je n’alourdis pas cette note de lecture.

Deep work - bureau

https://unsplash.com/@punttim

 

Pourquoi le Deep work reste si difficile ?

Cal Newport renforce son analyse avec le principe de moindre résistance. Les réseaux sociaux ou nos messageries sont conçus pour créer de l’habitude, une dépendance. « Twitter est du crack pour les accros des médias » (« Twitter is crack for media addicts ») dit-il en reprenant les mots de George Packer, auteur au New Yorker.

Il s’appuie également sur une expérimentation intéressante de Leslie Perlow de la Harvard Business School, sur l’usage des e.mails dans une organisation et le niveau de dépendance. Son objectif est de tester si ça aidait véritablement les employés d’être toujours connectés. Après quelques résistances, l’équipe a joué le jeu de la déconnexion. Et devinez ? Ils ont fait du meilleur boulot.

Le monde hyper-connecté rend acceptable l’idée qu’on s’affaire toute la journée autour de sa boîte de réception plutôt qu’à produire des travaux importants. La conjonction de l’hyperconnexion, des espaces de travail ouverts, a un impact majeur sur l’organisation de notre travail. A la question « qu’es-tu en train de faire ? », la réponse « je checke mes mails » est devenue légitime – sans qu’on ait besoin de préciser de quels e.mails on parle véritablement.

Et comme les travaux n’avancent pas, on force le trait pour faire illusion quand vient le moment du reporting. « Au lieu d’essayer de piloter eux-mêmes leur temps et leurs priorités, [les cadres] attendent d’être au pied du mur de la prochaine réunion hebdomadaire pour faire de l’esbroufe sur un projet donné et faire croire à des progrès significatifs. » (p.60 : « Instead of trying to manage their time and obligations themselves, they let the impending meeting each week force them to take some action on a given project and more generally provide a highly visible simulacrum of progress »).

 

Les 4 approches pour la mise en œuvre du Deep Work

  1. L’approche monacale qui consiste à éliminer toutes les tâches superficielles pendant de longues périodes (des mois).
  2. L’approche bimodale : on alterne des séquences de deep work (par exemple en travaillant plusieurs jours de suite sur un essai, un article) puis revenir à une vie plus « normale ». Cal Newport évoque Carl G. Jung qui disposait d’un espace dédié à la retraite complète.
  3. L’approche « pragmatique » qui fait du deep work une habitude quotidienne, dans des espaces temps dédiés. Se lever une heure plus tôt pour se créer de tels créneaux peut constituer une opportunité.
  4. Il y aurait une approche journalistique. Le journaliste doit pouvoir écrire un article rapidement. Il doit donc être capable de se concentrer intensément mais avec des contraintes d’agenda qu’il ne maîtrise pas complètement.

 

Comment se donner un coup de pied aux f… ?

Si vous procrastinez sans cesse avant de finaliser un document important, vous pouvez exécuter un « grand geste » (gesture). Par exemple, J.K Rowling n’arrivait pas à écrire la fin d’Harry Potter. Elle a décidé de louer une suite au Balmoral d’Edinbourgh (1.000 dollars la nuit) pour sortir de son contexte, et se forcer à achever l’ouvrage. Regardez ce qui peut fonctionner pour vous. L’objectif est de casser le rythme, d’être isolé, et probablement que ça vous coûte un peu afin d’accélérer le processus. Cal Newport évoque également le cas de Peter Shankman (un entrepreneur) qui s’est rendu compte qu’il arrivait à mieux travailler dans les vols longue distance parce qu’il n’était pas interrompu sans cesse. Il a réservé un aller-retour jusque Tokyo pour enchaîner 30 heures de vol pour achever le projet majeur qu’il avait en coursMorozov.

Faut-il quitter les médias sociaux ?

Au regard de tout ce que je viens d’écrire, vous comprenez que cette question est rhétorique. Dans cette conférence TEDx de moins de 14 minutes, Cal Newport nous explique pourquoi il faut quitter les réseaux sociaux.

 

Un commentaire plus personnel

Les plus de l’ouvrage

Le gars a l’air sympa (c’est très subjectif). Il est habité, il a une vraie conviction. A titre personnel et comme enseignant, il est soucieux que chacun se réalise au mieux. Son enquête est intéressante, notamment son analyse du parcours de Adam Grant, qui l’impressionne manifestement (Adam Grant fut le plus jeune professeur de Wharton).

Aussi, les recherches scientifiques lui donnent globalement raison.

Par ailleurs, le livre n’est pas dénué de réflexions sur l’évolution de la société (notamment lorsqu’il évoque le culte d’internet, et la critique de Morozov, To save everything click here – (p.67). Internet est perçu comme une sorte de modèle de référence d’organisation ou de gouvernement, une solution à tous nos problèmes qu’ils soient personnels ou de société. Pourtant, on oublie que le réseau des réseaux, tel qu’il est aujourd’hui, et aussi la résultante d’investissements colossaux d’entreprises commerciales dans des productions à but principalement lucratif.

Ce que j’aime moins dans Deep Work

Il survalorise probablement les effets du Deep work. C’est très vrai dans un univers universitaire (il faut produire régulièrement des articles publiés dans des revues scientifiques). Il y a néanmoins une dimension politique dans toutes ces organisations : peu d’entre elles sont de vraies méritocraties. Ce n’est pas nécessairement parce que vous allez produire des livrables d’une qualité exceptionnelle que vous allez obtenir le poste que vous souhaitez. Mais, toutes choses égales par ailleurs, si vous êtes un fin politique, vous progresserez encore plus vite si vos travaux sont de qualité.

Cal Newport ne va pas vous aider dans le « pourquoi » (sur quoi) vous devriez bosser comme cela. Et sa vision du « succès » est un peu stéréotypée, mais il est sincère dans son approche.

Enfin, et c’est pour cela que je pense qu’il s’agit également d’une quête personnelle, ses recherches et ses interwiews, ses exemples sont presque exclusivement masculins, blancs et américains. Il n’a pas l’air d’avoir conscience d’une certaine responsabilité, comme auteur ou enseignant, de l’opportunité d’identifier des role models, des personnes susceptibles de servir d’exemples, pour un public qui ne serait pas dans la cible initialement décrite.

 

L’usage que je fais de Deep work

Si on revient sur les 4 philosophies du Deep work, ma pratique personnelle repose sur un mixte des 3 dernières approches : bimodale, pragmatique et « journalistique ».

 

Je ne suis pas un grand fan de l’approche dite « journalistique » parce que ce n’est pas celle dans laquelle je me sens le plus à l’aise et qui m’apporte le plus de résultats. En résumé, c’est un créneau de travail qui me permet de travailler de façon très analogue à ce que décrit la technique du pomodoro. J’enchaîne 25 à 50 minutes sur une seule tâche quand je sais que je ne vais pas pouvoir faire davantage.

 

Ma pratique préférée est celle que Cal Newport appelle la philosophie « bimodale ». Quand un long week-end férié s’annonce ou quelques jours de congés sans voyage, je m’attelle à un seul projet de fond et j’y travaille intensément. Si la période est trop courte, on s’expose à une certaine frustration. On donne beaucoup sur un temps limité, et on n’a pas la satisfaction d’avoir un travail finalisé. Mais lorsque la durée allouée coïncide avec la finalisation du projet, on en tire une réelle satisfaction. Il est clair qu’on arrive à de meilleurs résultats ainsi qu’en travaillant en pointillé. Petit conseil : ça vaut la peine d’expliquer un minimum ce mode de fonctionnement à votre entourage pour ne pas le déstabiliser. Il faut aussi identifier les étapes intermédiaires pour éviter la frustration de ne pas finir les choses.

L’approche « pragmatique » est pourtant ma modalité de Deep work la plus fréquente. Ma première séquence de travail quotidienne est consacrée au Deep work. Je me concentre exclusivement sur une portion de ma tâche la plus importante du moment. Même si ça « dépote » moins que l’approche bimodale, les avancées sont significatives. Petite astuce : il faut découper en étape intermédiaire le résultat qu’on souhaite atteindre à la fin d’un « sprint ». Cette approche est relativement compatible avec les modalités de vie en entreprise (je parle des « emplois de bureau » – sinon il faut envisager de revoir votre temps privé, si c’est un projet personnel). Aussi je n’hésite pas à travailler avec les écouteurs pour m’isoler davantage – quand le bureau n’est pas adapté.

 

Le livre de Cal Newport est venu renforcer un grand nombre de mes habitudes, en leur fournissant un soutien théorique complémentaire. Ma présence sur les réseaux sociaux est très réduite (j’ai raté une invitation lancée 5 mois plus tôt pour les 40 ans d’un vieil ami sur un réseau social très connu). Je l’organise en mode « batch » (un créneau limité, organisé pour exécuter un type précis de tâches). Mes routines mises en œuvre dans le cadre du lancement du compte Twitter du site en sont une illustration.

J’aurais probablement une dernière réflexion sur l’opportunité de mettre en place un rituel avant de passer en mode « Deep work ». Mais elle reste partielle. La ritualisation constitue une façon habile d’ancrer une habitude. On se prépare ainsi à un état d’esprit (certains se souviennent de la publicité pour l’eau de Zinédine Zidane – la qualité du son et de l’image ne sont pas au rendez-vous).

 

 

L’exécution du rituel permet la mise en place d’un espace-temps sanctuarisé, espace-temps dans lequel vous êtes coupé des notifications et des autres, entièrement dédié à l’exécution de votre tâche. Il est donc utile de l’exécuter dans un même endroit.

En termes de sentiment d’accomplissement personnel, Cal Newport mobilise logiquement Mihaly Csikszentmihalyi, psychologue d’origine hongroise, à l’origine du concept de Flow. On pourrait rapidement décrire le Flow comme un moment de bonheur immédiat généré par une situation qui permet de vivre un moment de défi en adéquation avec son niveau de compétence. Le Deep work est clairement une modalité permettant de vivre un moment de Flow. J’en parle rapidement dans la partie additionnelle de mon guide consacré à mes 25 meilleures astuces pour être efficace. J’aurais l’occasion d’y revenir.

 

Fiche d’identité

Deep work en français

Deep Work, Cal Newport – Alisio – Editions Leduc S – en français (lien affilié)

Mes notes s’appuie sur la version anglaise (lien affilié) publiée en 2016 chez Piatkus Books.

 

Pour aller plus loin

  • Le blog de Cal Newport (en anglais) – qui fait partie des blogs que je suis véritablement
  • Nicholas Carr, the Shallows, Editions W.W. Norton & company – le sous-titre « ce qu’internet fait à notre cerveau »
  • Communiqué de presse annonçant l’étude de Kaspersky : (26% de gain de productivité sans smartphone)
  • Un bon article medium de retour d’expérience par D. Keith Robinson, Lead product designer chez Altassian (l’éditeur de Jira, la société qui a rachetée Trello)
  • Une chronique du New York Times sur l’impact de la distraction technologique

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