Comment optimiser votre lecture à l’écran et la gestion des onglets ?

Lire en ligne sur son navigateur sans se perdre dans une foultitude d’onglets ? Un défi ! Tout est fait pour nous distraire : les sites que nous consultons, notre mode de travail, notre cerveau… L’objectif de ce billet est d’expliciter pourquoi la lecture sur navigateur est si complexe et pourquoi il faut une certaine discipline dans la gestion de ses onglets.

Ce que vous allez apprendre dans cet article : 

Petit conseil rapide : prenez le temps d’expérimenter en parallèle les astuces évoquées dans cet article au risque de le trouver un peu trop théorique.

Résumé (parce que 4.200 mots, c’est un peu long) – #TLDR

Il est difficile de bien lire à l’écran et sur internet, à la fois pour des questions cognitives mais aussi d’organisation. Il est possible de contourner tout cela en ayant une meilleure connaissance de notre psychologie (la peur de passer à côté de quelque chose ou l’effet Zeigarnik). Par ailleurs, la structure même d’internet et des hyperliens nous encouragent à nous disperser.
En termes d’outillage, il est souhaitable de personnaliser son navigateur pour optimiser la gestion des onglets et encadrer les dérives naturelles de la lecture en ligne. Une fois outillé, il faut garder à l’esprit quelques routines en fonction des situations lesquelles on consulte internet (recherche d’information, travail en ligne, réseaux sociaux) – en restant humble face à notre capacité à véritablement maîtriser notre attention face à un tel déferlement de stimulus.

Contexte général : on ne part pas gagnant

Il y a quelque chose dans la nature même de l’internet qui fait qu’on est distrait : c’est l’hyperlien, qui offre la possibilité d’une lecture à 3 dimensions. Dans le cas d’un discours oral, vous êtes dans la première dimension, coincé par sa linéarité, l’orateur impose son rythme. Dans le cadre du livre ou du texte, vous ajoutez une deuxième dimension : l’histoire est écrite, mais vous pouvez la lire dans le sens que vous voulez. Rien ne vous empêche de passer des chapitres, de lire la fin quand ça vous chante pour revenir vers d’autres parties qui vous ont davantage intéressé. Cette approche est du gâchis pour les bons romans, mais c’est utile pour les livres de non-fiction.

L’hyperlien ajoute une autre dimension parce que l’auteur ne maîtrise plus le cheminement du lecteur. Il peut picorer une partie du contenu que vous lui présentez et partir également vers un autre site. Quand vous êtes auteur d’articles en ligne, vous devez particulièrement avoir cela à l’esprit : si vous voulez que le lecteur reste chez vous, évitez d’afficher vos sources externes les plus attrayantes en début d’article. C’est notamment la raison pour laquelle je paramètre tous mes liens externes pour qu’ils s’ouvrent dans une fenêtre-fille. Par rapport à notre objectif du jour, cette pratique augmente le nombre d’onglets ouverts sur le navigateur mais du point de vue de l’auteur (c’est-à-dire moi), ça alimente l’espoir que vous lisiez un peu plus longtemps mon billet ou que vous y reveniez après avoir dévoré le contenu externe que je partage avec vous.

 

Les pistes de solutions pour mieux lire en ligne

D’une façon générale, mon approche en termes d’efficacité repose sur un triptyque puisque le problème comporte trois dimensions : psychologique et cognitive, organisationnelle et technique. Pour prendre le taureau par les cornes, il faut comprendre les ressorts psychologiques qui font que nous lisons mal dans notre navigateur (malgré nous) et pourquoi nous avons tendance à le faire. Ensuite, il faut la bonne organisation et les outils adaptés. Dans d’autres articles je détaille ces outils que je considère comme pertinents, vous pouvez bien évidemment les adapter à vos propres usages.

Dans les paragraphes suivants, je tente de déconstruire la dimension cognitive, pour vous présenter ensuite le dispositif que j’utilise (outils et routine).

 

Pourquoi y a-t-il un problème avec la lecture en ligne ? Sérendipité vs FOMO vs effet Zeigarnik

L’image même du « surf » quand on parle d’internet laisse penser qu’on est en équilibre plus ou moins stable, qu’on pense aller quelque part, mais qu’en fait on est porté par la vague. Alors lorsque l’on consulte un nouveau contenu, il peut y avoir une tension complémentaire. On sait qu’aujourd’hui une immensité de contenu de qualité est disponible en ligne, gratuitement. Et il nous arrive de trouver par hasard quelques pépites – c’est le concept de sérendipité (qui vient d’un conte d’origine persane, Aventures et voyages des 3 princes de Serendip – l’ancien nom du Sri Lanka). Pour les quelques rares fois pour lesquelles on trouve véritablement du contenu intéressant, combien de clics sur des titres qui ne tiennent pas leur promesse, combien de vidéos de chatons ? Je vous laisse faire le calcul.

L’autre concept important est la peur de passer à côté de quelque chose d’important, c’est elle qui nous tient accro sur la plupart des réseaux sociaux : « the fear of missing out » (FOMO). On est alors sur le qui-vive de façon permanente : on guette chacune des notifications d’e.mails, de la presse à sensation, de nos réseaux sociaux parce que, peut-être, on risque de rater une information essentielle. Ce mécanisme est également celui sur lequel s’appuient les chaînes d’information continue : quand il ne se passe rien, il faut faire croire qu’il va bientôt se passer quelque chose d’important pour que le téléspectateur ne reprenne pas sa vie courante (et regarde bien la prochaine page de publicité).

 

FOMO - Fear of missing out

source : https://c-marketing.eu/fomo-ou-jomo-comment-etes-vous-connectes/

 

Le dernier ressort psychologique, l’effet Zeigarnik. Bluma Zeigarnik est l’élève de Kurt Lewin (psychologue américain de la première moitié du 20ème siècle). Elle organise une expérience avec des enfants, leur demandant de réaliser une vingtaine de tâches dans la journée. Leur demandant quelques temps plus tard, ce qu’il y avait à faire, elle constate que ce sont des tâches inachevées dont ils se souvenaient le mieux. Plus la motivation à accomplir cette action est forte, plus l’effet est marqué. Pour ainsi dire, on aime bien quand une tâche est parfaitement finalisée. De façon connexe, on peut illustrer cette effet par le goût du cerveau à achever une chose. Dans l’illustration ci-après, il n’y a pas de triangle transparent avec la pointe vers le bas, et pourtant vous le voyez. Or, en ligne, on pourrait avoir envie de tenter d’épuiser le web, en lisant l’intégralité d’une page et l’intégralité des liens qu’elle contient. Plus vous êtes motivé, plus lire sur le web est frustrant.

 

effet zeigarnik

 

Objectifs et principes

Le principe général consiste à limiter les sources de distraction quand on recherche la concentration – comme je l’explique dans la note de lecture sur Deep Work. Pendant vos sprints de travail, il faut donc limiter les accès à internet et particulièrement le nombre d’onglets. Globalement, quand vous avez besoin d’une information complémentaire, notez-la pour ne la rechercher que par la suite pour regrouper vos recherches d’information en lot.

Habituez-vous à travailler en mode déconnecté : téléphone sur silencieux ou en mode « avion », logiciel de messagerie coupé… Idéalement, la seule application ouverte est celle sur laquelle vous travaillez. Plus votre séquence de concentration planifiée est longue, plus ça vaut la peine d’investir du temps dans la préparation des documents et de vos sources pour limiter le besoin de recherches complémentaires. Plus les séquences sont courtes, plus vous pouvez faire des entorses à cette approche.

A titre d’exemple, je réalise des cartes mentales avant d’écrire un dossier ou un long article. Lors de ma phase de rédaction, il m’arrive plus facilement de l’imprimer pour l’avoir sous la main avant d’écrire (quitte à l’annoter sur papier). Pour les articles plus courts, je laisse mon logiciel ouvert et j’utilise le « alt+TAB » pour passer d’une application à une autre.

Plus globalement, imprégnez-vous de la technique du Pomodoro qui exige de n’être focalisé que sur un seul sujet à la fois.

 

Mon écosystème pour gérer mes onglets

Mon écosystème de travail repose sur un environnement Windows/Chrome/Android.

D’une façon générale, je ne consulte pas internet sur mon téléphone portable sauf pour les recherches d’information contextuelle (coordonnées d’un lieu où je dois me rendre, confirmation d’horaires, ou trou de mémoire à combler d’urgence lors d’une discussion) ou quand je n’ai pas ma liseuse à portée de main lors de plages de temps morts.

Comme on l’a vu, la lecture en ligne implique l’ouverture de nombreux onglets annexes. L’objectif de mon organisation est de limiter les fuites d’attention :

  • en planifiant une file d’attente de mes futures lectures,
  • et en limitant l’impact de l’ouverture des multiples onglets sur mon efficacité et celle de mon ordinateur.

 

focus

Crédit photo : https://unsplash.com/@ratushny

 

L’outillage

Les raccourcis clavier du navigateur

Avant de partir sur un outillage complexe, vous gagnerez déjà énormément de temps en utilisant ces 5 raccourcis clavier dans votre navigateur :

  • Vous avez besoin d’ouvrir un nouvel onglet ? CTRL+T
  • Vous voulez reprendre la main sur votre barre d’adresse pour saisir une adresse de site ou une recherche ? CTRL+L
  • Vous voulez changer d’onglet ? CTRL+n° (ne fonctionne que jusque 9, et, dans la pratique, c’est difficile au-delà de 6 onglets ouverts – parce que vous devez les compter, c’est un problème de charge mnésique)
  • Vous quittez un onglet ? CTRL+W
  • Vous voulez ouvrir un lien dans un nouvel onglet ? CTRL + clic gauche de souris

 

Comme je cherche à rester au maximum dans la même fenêtre, je n’utilise pas souvent le « CTRL+N ». Je n’utilise une seconde fenêtre que lorsque je souhaite isoler plusieurs environnements de travail – comme si j’avais plusieurs bureaux. Mais tant que je reste sur un même thème, je reste dans la même fenêtre.

Attention, si vous utilisez ces raccourcis clavier pour les premières fois au lieu de votre souris, vous pouvez être légèrement déstabilisé dans votre lecture. En effet, quand vous êtes habitué à la souris, le pointeur accompagne le regard entre votre onglet actuel et votre destination. Avec les raccourcis clavier, le passage d’un onglet à l’autre est instantané. Il faut que le regard se recale. Mais sur la durée, c’est un investissement très rentable (en temps).

 

Le navigateur et ses extensions

Le navigateur est le dispositif central dans la consultation de contenu, c’est lui qui prend le plus de temps à personnaliser. Dans le cadre de notre objectif qui consiste à optimiser la consultation de contenu en ligne, je vous encourage vivement à installer les extensions suivantes :

 

Les liens renvoient sur les présentations que j’ai faites de chacune de ces extensions. En fonction du navigateur que vous utilisez (Firefox ou Chrome), ces extensions sont disponibles sur les plateformes dédiées. Je n’ai pas vérifié leur disponibilité pour les autres navigateurs. Je détaille plus bas le paramétrage et l’utilité de ces extensions.

La logique globale de ces extensions est la suivante : Tabli permet d’accéder plus facilement à l’ensemble des onglets ouverts (pratique à partir de 5 onglets). The Great Suspender suspend les onglets après un moment prédéfini d’inactivité – libérant ainsi de la mémoire vive sur votre ordinateur. OneTab regroupe sur une page locale l’ensemble des onglets qui étaient ouverts. Avec ces 3 extensions, vous êtes parés pour gérer vos onglets. Mercury Reader optimise la mise en page de l’article que vous êtes en train de lire en retirant les distractions périphériques (publicité, rubriques connexes…). Pocket fonctionne comme un réservoir personnel de pages à lire « plus tard ». J’explique plus bas l’intérêt de « Send to Kindle » et de P2K.

Même si ça ne rentre pas directement en compte dans les routines que je décris ensuite, ajoutez un bloqueur de publicité (comme Ublock) si ce n’est pas déjà fait. Cela minimisera votre exposition à la publicité, limitant ainsi les sources de distraction.

Voilà à quoi pourrait ressembler, à peu de choses près, votre barre d’outils :

 

icone extension gestion onglet

 

Les périphériques secondaires (smartphone, liseuse)

Si vous avez un smartphone, Pocket est disponible sur iPhone et Android. Je vous conseille également de l’installer et de le synchroniser avec l’extension (en utilisant simplement la même adresse e.mail sur votre navigateur et votre téléphone). P2K permet également de synchroniser vos articles Pocket avec votre Kindle (les options les plus intéressantes sont payantes mais vous pouvez au moins envoyer tous vos articles en attente vers votre Kindle – pratique en cas de voyage). Personnellement, j’envoie automatiquement les articles nécessitant plus de 15 minutes de lecture sur ma liseuse (paramétrable par tranche de 15 minutes).

Si vous disposez d’une liseuse, vous avez la possibilité de lui d’envoyer des articles ou des fichiers PDF. Comme vous allez le voir, une des bonnes façons de consulter du contenu en ligne est de ne pas le consulter en ligne. Pour ce faire, vous pouvez envoyer du contenu à votre adresse mon-nom@kindle.com  (en autorisant préalablement l’émetteur) ou avec Send to Kindle qui installe un bouton en barre d’outils. Mercury Reader propose également l’envoi d’articles vers votre liseuse.

 

L’installation (le set up)

Mercury reader, Tabli et Pocket sont les extensions les plus faciles à installer : une fois téléchargées, il n’y a pas de paramétrage particulier à réaliser. Mercury reader met à disposition un bouton dans votre navigateur, juste à côté de la barre d’adresse. Lorsque vous consultez une page touffue, vous cliquez sur l’icône et vous disposerez d’une page optimisée pour la lecture à l’écran. Lors de la première utilisation, je vous encourage à cliquer sur l’engrenage pour paramétrer la police sans serif et la taille de caractères qui vous convient.

mercury reader

 

Si vous souhaitez envoyer directement une page web vers votre Kindle, vous devez compléter le paramétrage en autorisant Mercury Reader à envoyer des documents (l’adresse mercury-kindle@postlight.com – au moment où j’écris cet article). J’ai également personnalisé un raccourci pour lancer l’extension au clavier (maj+CTRL+M – comme Mercury…).

Tabli est directement opérationnel après l’installation. Vous pouvez piloter l’ensemble des onglets ouverts en cliquant sur l’icône disponible à côté de la barre d’adresse de votre navigateur ou avec le raccourci clavier « CTRL + . ».

Pour Pocket, après la création du compte, les seuls paramètres par défaut que j’ai changés sont ceux relatifs aux notifications (que l’on supprime, bien évidemment – sauf éventuellement, celles relatives aux nouveautés produit). Pour la consultation, je préfère l’aperçu « mosaïque ».

The Great Suspender peut être utilisé avec le paramétrage par défaut – mais voici ceux que j’utilise (capture d’écran en-dessous). Cette extension ne permet pas d’améliorer la lecture à proprement parler, elle contourne les effets néfastes de la foultitude d’onglets qu’on laisse ouverts au fil de la journée. Elle les suspend. Vous allégez ainsi la mémoire occupée par votre navigateur – préservant ainsi les performances de votre ordinateur. J’ai ajouté quelques sites en white list (liste blanche), notamment la partie d’administration de mon site, ou mes espaces de stockage en ligne (pour éviter d’être interrompu ou de perdre du contenu). Je suis intéressé par l’option de capture d’écran  (la dernière option) mais elle n’est pas encore stable.

paramètre the great suspender suspendre onglets

 

OneTab complète notre dispositif de gestion des onglets. Lorsque votre navigateur ne ressemble plus à rien, l’ensemble des onglets ouverts est concentré sur une page. Je laisse le paramétrage par défaut de l’extension, sauf une seule (la dernière) qui consiste à rejeter « silencieusement » les doublons. Cela évite d’avoir plusieurs fois le même lien dans votre liste.

paramétrage Onetab

Si, comme moi, vous ouvrez toujours un ensemble de pages, je vous encourage à les ouvrir dans l’ordre d’utilisation (pour moi : onglet 1 Gmail, onglet 2 Calendar, onglet 3 Trello). Puis vous cliquez sur l’icône Onetab. Sur la page, cliquez sur « Plus », nommez le groupe d’onglet (« Démarrage » par exemple), verrouillez le groupe d’onglet et notez-le d’une étoile. Quand vous ouvrez votre navigateur, cliquez sur l’icône OneTab puis sur « Tout restaurer » de votre groupe Démarrage.

 

onglets parametres onetab

 

TabCloud rend un service immédiat : vous quittez votre PC de bureau avec un groupe d’onglets ouverts, et vous décidez de le laisser au bureau (sage décision) – grâce à TabCloud vous pouvez réactiver ce même groupe d’onglets sur un autre PC (celui de votre salon par exemple).

Voilà, l’installation est un peu longue à décrire mais vous prendra moins de 15 minutes. Ensuite vous disposez d’un navigateur tout neuf.

 

Les routines pour mieux gérer les onglets

L’objectif principal de tout ce dispositif est de vous permettre d’être le plus concentré et le plus efficace possible. Avant d’ouvrir votre navigateur, vous devez vous rappeler que vous ouvrez une bouche à incendie – pour reprendre le mot de Mitch Kapoor (cf. 1ère visite)Ensuite, il y a un principe global à retenir : pour être le plus concentré, il faut limiter le plus possible le nombre d’onglets ouverts. Ce principe est simple, mais tout est fait pour qu’il soit mis à mal. Voici le détail de mes routines « navigateur ».

Avant de commencer quoi que ce soit, il vaut mieux remettre les compteurs à zéro. Si je n’ai pas réinitialisé mon navigateur lors de ma dernière séquence de travail de la veille, alors je le fais lors de ma première séquence en appuyant sur l’icône Onetab dans ma barre d’outils.

Il y a ensuite quatre cas d’usage principaux de l’utilisation du navigateur :

  1. la consultation des e.mails et l’utilisation de vos applications en mode web,
  2. la recherche d’information ponctuelle ou ciblée ou la séquence de lecture,
  3. la revue de vos comptes de réseaux sociaux.

 

Cas n°1 : La consultation des e.mails et l’utilisation de vos applications en ligne

Le principe de réduire le nombre d’onglets ouverts n’est pas trop mis à l’épreuve par cet usage. Vous utilisez Trello, un document en ligne, vous consultez votre compte en banque ou vous réservez un billet de train ? Vous n’avez besoin que d’un onglet à chaque fois. Une fois que l’opération est finalisée, vous fermez l’onglet et on n’en parle plus.

Pour l’usage des e.mails, je considère qu’il faut les traiter par lots, et sur un temps limité. Donc la gestion de la boîte e.mails revient à l’utilisation d’une application en ligne comme les autres. Cela devient éventuellement plus difficile dans le cadre de la consultation des newsletters. En effet, si celles-ci sont intéressantes (et ça devrait être le cas, puisque vous y êtes toujours abonné), il y a plusieurs articles intéressants. Dans ce cas, l’approche est similaire à la recherche d’information lors de laquelle on se trouve confronté à la multiplication du nombre de sollicitations et de sources à consulter.

 

Cas n°2 : la recherche d’information ponctuelle ou ciblée

recherche information

Crédit photo : https://unsplash.com/@amartino20

 

La recherche d’information ciblée consiste en la vérification d’une donnée ou l’obtention d’un complément d’information (une date de naissance, un horaire de cinéma…). La discipline à mettre en place est assez simple et consiste à refermer l’onglet concerné dès que l’information est obtenue. Dit comme ça, ça paraît assez simple. Mais prenons le cas d’usage suivant : vous voyez un acteur et vous vous demandez dans quel film il a joué. Vous allez facilement sur Allociné et vous avez accès à sa filmographie. Mais comme vous aimez le cinéma ou les séries, vous vous faîtes distraire par les nouvelles sorties et vous vous retrouvez à regarder 15 minutes de bandes d’annonce. Pour limiter la tentation, l’un des dispositifs que j’utilise consiste à noter sur brouillon (papier/crayon) ou un fichier les informations qui me manquent et de les rechercher par lot – et si possible en temps limité. Je procède la plupart du temps ainsi y compris quand je rédige un billet. Je me mets un commentaire entre crochets « [vérifier l’information Y] ». Il est plus efficace de travailler ainsi plutôt que d’interrompre le rythme d’écriture.

La recherche d’information ciblée consiste à trouver des sources d’information pour compléter son niveau de connaissance d’un sujet. C’est donc un travail plus profond que la recherche ponctuelle. C’est cette partie-là qui est plus difficile à contenir.

  • Mon navigateur s’ouvre par défaut avec Onetab et si j’ai une recherche spécifique, par exemple pour la rédaction d’un article, j’ouvre un second onglet (CTRL+T) et je recherche le contenu qui m’intéresse à partir d’une requête Google.
  • C’est là que commencent les ennuis : j’ouvre les liens potentiellement intéressants dans de nouveaux onglets (CTRL et clic gauche). Ces 5 à 8 nouveaux onglets constituent mon lot de lecture.
  • Je referme l’onglet de recherche (CTRL+W) et j’attaque ma lecture par l’onglet qui est censé être le résultat le plus pertinent du point de vue de Google (CTRL+2 – en fonction du dernier onglet fermé).
  • J’ai une petite préférence pour la prise de notes directement dans le traitement de texte. En revanche, je préfère noter au brouillon (sur papier) mes questions complémentaires (comme je l’ai évoqué pour la recherche d’information ponctuelle).
  • J’ouvre uniquement les liens avec un fort intérêt potentiel avec la même technique que lors de la recherche Google (CTRL + clic) – parce que ça limite la distraction de ma lecture.
  • Si l’article est un peu dense et nécessite plus de 3 minutes de lecture, j’utilise Mercury Reader (icône de la barre d’outils) – sauf si la mise en page est déjà fortement épurée comme c’est le cas sur Medium. Si c’est un article véritablement de référence, je peux aller jusqu’à l’envoyer vers mon Kindle avec Send to Kindle (je le fais assez peu) ou Mercury Reader.
  • Si la source n’est pas directement pertinente pour l’article que je suis en train d’écrire mais qu’il est intéressant « pour autre chose », je l’envoie vers ma file Pocket (si possible avec un mot-clé).
  • Une fois l’article achevé, je ferme l’onglet (CTRL+W) et j’enchaîne la lecture.

Il y a une grosse faiblesse à cette approche, parce que si les sources que je consulte sont intéressantes et documentées, elles ont au moins 2 liens pertinents et différents à consulter. Dans ce cas, vous me voyez arriver, si vous avez ouvert 5 pages, alors il y a 10 onglets supplémentaires ouverts au premier tour, puis 20 à l’étape d’après… Il s’agit d’une suite géométrique de raison supérieure à un. Elle tend vers l’infini. Rappelez-vous la légende du créateur du jeu d’échecs qui demanda comme récompense un grain de céréales sur la première case, puis le double sur la deuxième ainsi de suite… Il faut donc mettre un terme à cette spirale.

Plusieurs tactiques s’offrent à vous. A titre personnel, je me fixe un bloc de temps pour analyser les sources. A l’issue de ce bloc de temps, je fais un bilan : est-ce que je dispose d’idées claires sur le sujet ? Est-ce qu’il y a des aspects majeurs de la problématique que je veux aborder qui m’échappent ? Puis je referme l’ensemble des onglets ouverts de la façon suivante :

  • S’il y a moins d’une dizaine d’onglets ouverts,
    • je les scanne un à un. S’il semble vraiment intéressant et qu’il apporte un complément à ce que j’ai déjà lu, je l’envoie vers ma file d’attente Pocket (icône dans la barre d’outils). Si l’article a l’air d’être une pépite, je copie le lien et le colle dans mes notes pour y revenir lors de l’écriture de mon article.
    • Je ferme ensuite tous les onglets avec Onetab et je note la date de ma recherche dans mes notes de brouillon word de mon article. En effet, Onetab est une très bonne extension, mais les onglets ont ensuite tendance à se sédimenter.
  • S’il y a plus d’une dizaine d’onglets ouverts, je referme directement l’ensemble des onglets avec Onetab et note la date de ma recherche dans mon brouillon d’article (dans mon traitement de texte).

 

Cas n°3 : la revue de vos comptes de réseaux sociaux

souffle avion

Crédit photo : A. Magnan 2007 

Sur la plage de Maho, à Saint-Martin, avant Irma, il y a une attraction peu commune : les touristes s’accrochent au grillage pour résister au souffle des avions qui atterrissent sur la piste de l’autre côté de la plage. Malgré les panneaux, cette pratique a perduré. Et devinez, le souffle gagne toujours et vous vous retrouvez projeté vers la plage.

Il en est toujours un peu de même avec les réseaux sociaux : leur ergonomie est conçue pour s’appuyer au maximum sur le FOMO et sur toute un série de mécanismes psychologiques qui font que vous avez toutes les chances de perdre, même avec la meilleure volonté. Vous consultez Facebook pour lire quelques messages de vos proches, et vous vous retrouvez exposé à une vidéo d’enfant qui fait une réaction aux anesthésiants du dentiste. Mieux ! Il y a 10 invitations à Candy Crush qui vous attendent.

Si malgré les conseils de Cal Newport, vous restez présent sur les réseaux sociaux, partez perdant. Consultez-les en temps limité, une à deux fois par jours. Si possible avant un engagement que vous ne pouvez pas rater afin d’avoir une fin certaine à cette activité. Formalisez le processus de consultation et arrêtez-vous dès que vous avez trouvé ce que vous cherchez. Et surtout, dans le cadre de notre dossier sur la gestion des onglets, coupez les notifications et outils de conversation et fermez l’onglet le plus vite possible. Sauf à avoir une volonté d’acier, c’est un combat perdu d’avance sauf si vous avez réussi à vous désintoxiquer au moins une fois. Et encore !

Twitter is crack for media addict.  (Twitter, c’est du crack pour les accrocs aux médias)

George Parker – New yorker – 29 janvier 2010

Quelques pistes d’optimisation qui restent à explorer

Comme vous l’avez compris, The great suspender permet de limiter l’impact de notre dispersion. La cinématique d’utilisation est devenue logique pour moi : lors de la consultation de l’onglet inactif, il faut prendre le temps du rechargement – ce qui n’est pas un problème quand on dispose d’une connexion internet convenable. Quand la fonctionnalité de capture d’écran sera stabilisée, on s’économisera le temps de rechargement de la page lors d’une nouvelle consultation.

Tabli sert plus comme voiture-balai. Si vous avez moins de 7 onglets ouverts, vous pouvez naviguer avec les combinaisons CTRL+n°. Mais si vous devez chercher une aiguille dans une botte de foin, c’est assez utile. Par exemple, j’ai encore ce travers personnel d’ouvrir plus d’une quinzaine d’onglets quand je recherche un hôtel à l’étranger. Je vais sur une plateforme de réservation, j’entre ma destination et ma date de séjour et j’ouvre tous les logements qui pourraient faire l’affaire. Puis j’élimine ou je tente un classement relatif en rangeant les plus intéressants tout à gauche ou tout à droite. Très honnêtement, je peux progresser. Je peux probablement encore optimiser l’articulation entre Tabli et Onetab qui peuvent être un peu redondant dans la sauvegarde d’onglets. Au-delà de l’utilité de Tabli (que je détaille davantage dans la présentation que je lui consacre), Onetab est mieux intégré dans mon processus de lecture.

Comme je trouve que Onetab est un peu trop lourd pour synchroniser des onglets entre différents PC, j’ai pris le pli, il y a peu de temps, d’utiliser Tabcloud pour cela. Mais uniquement pour un travail en cours. Je ne m’en sers que une à deux fois par semaine. Donc il m’arrive de désactiver l’extension pour ne ne pas encombrer la barre d’outils de mon navigateur qui commence à ressembler à un sapin de Noël.

Dans mes essais antérieurs, j’avais gardé une certaine sympathie pour les plateformes de bookmarks/favoris en ligne. Mais je m’en suis écarté, n’y trouvant pas autant d’intérêt que je l’aurais souhaité. C’est Pocket qui ressemble le plus à cet usage.

J’espère que ce dossier sur l’utilisation des onglets vous aura donné des idées pour optimiser votre propre lecture. Je suis preneur de vos pistes d’amélioration supplémentaires en commentaire.

 

Pour aller plus loin dans la gestion des onglets

  • Vous pouvez consulter les analyses faites sur chacune des extensions présentées :
  • J’explique un peu plus les aspects psychologiques dans d’autres articles
  • Parmi les sources directement ou indirectement évoquées :
    • Stop the world, article du New Yorker de George Packer, janvier 2010, notamment sur son rapport à Twitter et à l’information continue
    • Dans Pour en finir avec la mécroissance, Alain Giffard décrit l’évolution de la lecture en ligne et notamment le concept de « machine à lire ». Ce n’est pas très grand public, mais c’est intéressant. (lien affilié)
    • J’ai pensé également à la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien de Perec, où l’écrivain cherche pendant 3 jours à épuiser ce qu’il voit de Saint-Sulpice (texte gratuit en pdf). Le projet littéraire est peut-être datée, mais nous pouvons avoir la tentation d’épuiser un sujet comme le montre le lien avec l’effet Zeigarnik.

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